Les conséquences du numérique en campagne impact directement le rapport entre politiques et militants

L’émergence de l’interaction communautaire

L’utilisation interactive des réseaux sociaux est un exercice que maîtrisent peu de politiques malgré sa capacité exceptionnelle d’engagement pour les candidats.

L’élection de Donald Trump a incontestablement prouvé combien un système utilisant des formules chocs dans un Tweet pouvait s’avérer incroyablement efficace lors d’une campagne.

D’après Quentin Laurent, journaliste au Parisien, « Twitter est devenu une arme de persuasion massive ».

L’arrivée de ces nouvelles plateformes interactives, ont révolutionné la manière dont les candidats, aux élections présidentielles, sont appelés à communiquer.

Conséquences du numérique : L’E-militantisme et l’interaction communautaire

Le Web a ouvert le champ au militantisme 2.0 en cassant les codes, de verticalité, de communication traditionnelle.

Il faut préciser, qu’un simple like sur une publication Facebook d’un candidat ne signifie pas un ralliement à ses idées. Afin de mobiliser, il est indispensable que des groupes de sympathisants s’organisent, simultanément, sur les forums et les réseaux sociaux, en déployant tout un arsenal numérique, sites Internet dédiés, traduction de vidéos ou réactions sur un hashtag Twitter. Les conséquences du numérique en campagne prouve qu’Il arrive que des militants fassent, parfois, preuve de plus d’inventivité et de réactivité que l’équipe de campagne elle-même. Ils maîtrisent mieux les outils et plateformes de communication et de création numérique. On à notamment pu le remarquer avec les déboires de l’affaire Fillon et les multiple réaction “badbuzz”.

tweet anti fillon

En revanche, l’engagement des internautes varie de manière considérable entre deux publications d’un candidat, démontrant la versatilité de l’opinion face à ces nouveaux modes de communication.

Les avantages pour les candidats extrêmes

L’utilisation du numérique offre un double avantage aux candidats extrêmes. D’une part, elle leur donne la possibilité d’élargir l’audience et la mobilisation numérique des candidats, d’autre part, elle leur permet de toucher directement une communauté d’électeurs qui ne se déplaceraient probablement pas pour assister à des réunions publiques. En multipliant les supports numériques, les équipes de communication peuvent toucher, sur chaque réseau, un public bien spécifique, comme les moins de 25 ans pour Snapchat et YouTube.

extreme droite sur twitter

L’avantage de ces moyens de communication est de se passer des médias traditionnels afin de créer leur propre Personnal Branding content. L’intérêt est grand pour ces courants qui ne bénéficient pas nécessairement d’une bonne réputation auprès des journalistes et médias traditionnels. Comme le décrit Morgane Jacquet, les partis extrêmes ont su s’approprier le web, de façon intelligente, en réaction au manque visibilité via les médias classiques :

« Certains partis se sont appropriés de façon « intelligente » les réseaux sociaux parce que certains avaient accès aux médias classiques mais n’avaient pas forcément l’accueil favorable qui leur étaient réservés. Je pense, notamment au parti du FN, qui s’est lancé dans une transformation du digital assez tôt, comme le parti de Mélenchon, on remarque que ce sont les partis extrêmes qui se sont lancés dans une transformation digitale assez importante. ».

Les principales conséquences du numérique sont qu’aujourd’hui tous les candidats utilisent ces mêmes supports de communication numériques pour diffuser leurs messages, sites, réseaux sociaux ou applications. On peut constater que les radicaux ont pris de l’avance en saisissant l’importance de ces nouveaux moyens de communication. « Ils sont en phase avec Internet qui est un espace où par nature la radicalité est très présente » d’après Benoît Thieulin, spécialiste du numérique. On le voit avec Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui parviennent le mieux à fédérer leurs soutiens, avec respectivement 91% et 80% de « likers fidèles ».

Mélenchon, de l’interaction à la mobilisation numérique

D’après Manuel Bompard, le directeur de campagne de la France Insoumise :

« Facebook, Twitter, Instagram ou encore YouTube ne sont pas des gadgets. Leur utilisation est au coeur de notre campagne. Jean-Luc Mélenchon, qui a toujours été méfiant à l’égard des journalistes est désormais le leader politique du web grâce à une mobilisation citoyenne parallèle, spontanée et autogérée »

De plus, ses sympathisants se sont littéralement emparés de sa campagne par une mobilisation citoyenne très organisée. Effectivement, les sympathisants se sont précipités sur des plateformes de communication numériques. Ils se regroupent en petits comités indépendants et agissent sans attendre d’ordre de décision. On peut noter que l’initiative citoyenne, accessible par le numérique, a mis en place une interactivité militante.

Par exemple, la création d’une page sur le réseau social Reddit, par de jeunes sympathisants non militants et non encartés, ont permis de lancer le coeur de la communauté web de la France Insoumise ou encore la création du jeu vidéo « Fiscal kombat » mettant en scène JLM.

De plus, les sympathisants de la France Insoumise sont actifs, quotidiennement, sur la plateforme collaborative « Discord » afin de construire concrètement un vrai centre de brainstorming dématérialisé pour la campagne numérique. Ils proposent de l’argumentaire pour défendre les propositions du candidat, des créations de sites internet, des pages sur les réseaux sociaux. Ces groupes agissent parfois pour convaincre, parfois pour se défendre, parfois pour attaquer les autres candidats et aussi pour corriger d’éventuelles erreurs transmises par les médias traditionnels sur les sites d’information.

Clairement, il semblerait que les équipes numériques et sympathisants de Jean-Luc Mélenchon soient attentifs à l’E-réputation du mouvement La France Insoumise en pratiquant une veille intensive quotidienne, spontanée et autogérée.

L’interactivité prime au FN

Marine Le Pen a, également, très bien intégré l’enjeu de l’utilisation des plateformes de communication numérique. Déjà, durant son discours du 1er mai 2016, elle encourageait ses soutiens à se mobiliser sur les réseaux sociaux. Lors du lancement de sa campagne à Lyon le 4 février 2017, le responsable de la cellule numérique, Gaëtan Bertrand se félicitait : « d’une force de frappe sans précédent offerte par cet outil ».

« La campagne numérique 2017 est beaucoup plus interactive que celle de 2012 » d’après Gautier Bouchet, élu FN, ancien responsable de la communication de Marine Le Pen de 2010 à 2012, « Les militants sont impliqués, l’organisation moins verticale…tout en ayant plus de chance de toucher d’autres catégories que le seul sympathisant ».

Effectivement, l’apparition de ces réseaux permettent une proximité directe entre les candidats eux-mêmes et chaque utilisateur. Pour G. Bouchet, « les réseaux sociaux sont un moyen essentiel de s’adresser directement au peuple ».

La cellule numérique de la France Bleu Marine est composée d’une équipe d’une quinzaine de personnes et accompagnée d’un prestataire de service « E-Politic ». Ces équipes s’occupent de gérer le site de la candidate, la page Facebook, la chaîne YouTube officielle, la diffusion web des interventions, comme les prises de paroles, le clip de campagne, les interviews et opérations hashtags.

Donc, malgré l’analyse d’une forte audience sur leurs espaces numériques, on peut tout de même se demander si ces mesures permettent une mobilisation militante des utilisateurs.

Comment les réseaux sociaux de masse favorisent le militantisme communautaire

L’influence de Facebook sur la campagne

L’algorithme de Facebook favorise l’entre soi

La fonctionnalité de la plateforme Facebook repose sur les algorithmes qui génèrent l’entre-soi.

Comme le développe une étude sur l’algorithme de Facebook : « l’algorithme va évoluer en fonction des comportements des utilisateurs et se caler sur ses intérêts. C’est là que rentre en jeu l’indexation des contenus pour prioriser l’affichage sur la timeline ». Alors que Webmarketing-conseil.fr accuse le manque de visibilité mis en place par l’algorithme : « Entre 1 à 10 % de vos abonnés – rarement plus – reçoivent vos publications sur Facebook ». En effet, les interactions, commentaires et partages sont filtrées par ces procédés qui sélectionnent, pour l’utilisateur, des contenus qu’il est susceptible d’apprécier. Le réseau entretient sciemment dans une bulle d’affinité et empêche tout candidat de recruter en dehors de sa communauté. Comme le développe le journaliste Michaël Szadkowski, sur un article Médium : « Facebook cherche à construire pour chacun un espace qui lui est intellectuellement confortable », éloignant par nature ceux qui pourraient produire de la diversité.

L’importance des groupes Facebook

De plus, les groupes Facebook sont un moyen de partager du contenu, sans l’aval des partis politiques et sans messages orientés.

Enfin, l’importance des groupes Facebook, lors de la campagne, est en partie, due à la création et la gestion de communauté locale, ce qui est l’essence même de Facebook. Michelle Gilbert, la directrice de communication de Facebook Europe rappelle l’importance des groupes pour Facebook

« Les groupes sont un rappel de ce qu’était le début de Facebook et son identité intrinsèque. Facebook est une entreprise, mais les communautés locales sont au coeur du projet. ».

On constate donc que les groupes Facebook non-officiels ont joué un rôle important au sein de la campagne, notamment concernant la gestion et l’engagement de communautés. En revanche, pour Jean-Baptiste Olivier, militant « Les Républicains », adjoint à la mairie du XIIIème arrondissement de Paris, l’utilisation des groupes Facebook permet la mobilisation numérique par communautés de militants, mais ne permet pas la transformation de l’engagement physique en engagement numérique :

« Un militant est souvent très actif sur Facebook, la plupart des militants sont des membres de groupes et Fan Facebook, en revanche l’inverse n’est pas vrai. Une personne qui est très active sur Facebook n’est pas un militant, pour moi, il ne va pas venir sur le terrain à la rencontre des vrais gens, c’est ça, un militant pour moi ! ».

En résumé, le réseau Facebook favorise le militantisme communautaire de par son entre-soi, incité par des algorithmes. C’est aussi une plateforme de mobilisation et d’autogestion militante par les pratiques des utilisateurs et la multiplication de groupes Facebook influents.

Twitter, champ de bataille des camps militants

Plateforme d’attaque et de ripostes

Le numérique est un facteur d’interactions de communautés politiques. Comme nous venons de le voir, une plateforme telle que Facebook favorise l’entre-soi incitant les utilisateurs à interagir avec son contenu.

Pour sa part, Twitter opère très différemment et joue un rôle particulier concernant le domaine politique. Outil de veille et de relais d’informations pertinentes, Twitter peut se transformer en véritable champ de bataille dans lequel chacun défend ses idées avec fermeté. Twitter avait déjà émergé lors de la campagne de 2012 comme étant une plateforme de soutien militant.

Aujourd’hui, on peut constater que Twitter véhicule beaucoup plus d’agressivité, l’objectif des utilisateurs étant orienté sur l’attaque du camp adverse.

Dans son article « Twitter et communication politique » publié sur Medium, Romain Pigenel emploie le terme de « riposte party » : « Nous tombons d’accord sur une invitation adressée au noyau dur des web-militants pour venir avec nous (…) et prolonger le débat sur le web ».

De plus, l’utilisation intensive de hashtags, de la part des militants, confirme le paradoxe de convictions qui s’entrechoquent. Et Romain Pigenel d’ajouter, « je pense que le problème de Twitter, c’est que c’est un espace de champ de bataille clos où il n’y a quasiment plus que des militants formatés à toutes les techniques qu’on avait mis au point en 2012. ».

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