Utilisation des réseaux sociaux en campagne politique

Les réseaux sociaux comme nouveau moyen de mobilisation

Comme nous l’avons vu précédemment, les présidentielles 2017 ont été marquées par les bouleversements et l’arrivée d’outils numériques très performants et parfois agressifs. Par conséquent, les stratégies de campagne en ont été fortement impactées par ces nouveaux enjeux. Les équipes ont dû s’adapter, au jour le jour, à la montée en puissance de ces nouvelles technologies.

La gestion de nouvelles communautés numériques a imposé l’utilisation d’outils dans ce domaine. Dans cette course à la modernité, il a fallu faire preuve d’organisation et d’une forte réactivité. De nouvelles pratiques en matière de gestion et de mobilisation de communautés ont donc été adoptées durant cette campagne.

Telegram” et Discord à l’assaut de la mobilisation numérique

plateforme crypté

“Telegram” et “Discord” sont les deux dispositifs principaux qui ont permis d’orchestrer des opérations de communication militante de grande envergure. L’objectif étant de concentrer les forces militantes afin de les redéployer, au même moment, en planifiant la propagation de messages partisans à travers le web. Ces techniques favorisées par les algorithmes permettent une diffusion des messages d’une précision quasi militaire.

Comme en témoigne HG, les équipes de campagne organisent des communautés de sympathisants avec beaucoup de rigueur : « Ils s’organisent comme une armée de Community manager ». Ces instruments permettent d’opérer une stratégie de conquête massive lors d’opérations de communication, savamment organisées, comme de véritables commandos.

L’impact des groupes Facebook

Les groupes Facebook ont joué un rôle de rassemblement communautaire important durant la campagne présidentielle.

Il existe aujourd’hui des centaines de millions de groupes sur Facebook. C’est la raison pour laquelle tous les partis et mouvements des candidats de la campagne présidentielle ont lancé leurs groupes Facebook officiels. Parmi lesquels se trouvent sept groupes officiels au-dessus des 50 000 abonnés, dont le PCF et l’UPR d’Asselineau.

Cinq groupes Facebook, dont la France Insoumise, le PS et les Républicains, dépassent les 100.000 abonnés. Le FN est loin devant avec plus de 480.000 abonnés en fin de campagne contre près de 170.000 pour En Marche.

On constate même l’existence de plusieurs groupes Facebook non-officiels comptant un nombre important d’abonnés.

Ils ont, pour certain, été mis en place par des professionnels du numérique engagés.

Comme le montre Marina Tymen, manager de communautés numériques non-officiel pour En Marche, durant la présidentielle, les groupes Facebook sont un levier essentiel de la communication des candidats. :

« je m’étais surtout focalisée sur la page Facebook où l’on est à 190 000 likes… Je préfère animer les pages « non-officielles » de citoyens ou je ne fais rien valider du tout ».

C’est la souplesse et la liberté d’action qui ont permis aux groupes non-officiels d’émerger lors de la campagne.

On note aussi des groupes publics autogérés par les militants eux-mêmes comme ceux de JL Mélenchon : « Je vote Mélenchon au 1er tour ET au 2ème tour », un groupe non-officiel qui regroupe, début avril, plus de 61.000 membres, « JLM2017 – Soutiens de Campagne Insoumise » avec 30 500 membres ou encore « Mélenchon président 2017 » qui rassemble près de 39 000 membres.

groupe facebook les insoumis

Ceux de Macron : « Groupe En Marche » avec 26.190 membres, « groupe de soutien au mouvement En Marche. E. Macron », qui regroupe près de 12 400 membres, n’ont pas été aussi actifs dans la publication de leur contenu. Seule la page non-officielle

« Ensemble avec Macron » se distingue. En effet, cette page, regroupe plus de membres que le groupe officiel du mouvement En Marche.

Groupe facebook non officiel

À part, le groupe des « Amis qui aiment Marion Maréchal Le Pen” : “Marine Présidente” avec ses 28.500 membres, il est rare de trouver des groupes non-officiels influents pour les autres candidats.

D’après un article de Fabian Ropars, sur le blog du modérateur :

« se lancer dans les groupes demande néanmoins un travail et des efforts…il faut notamment apprendre à connaître sa communauté, et la laisser s’exprimer ».

Twitter : L’écosystème des candidats

Une analyse des cartographies des hashtags proposée dans Visibrain, montre que chaque camp, est confronté à ses propres offensives, par des blocs d’opposition formant un écosystème.

En observant, l’écosystème de Marine Le Pen, une communauté de soutiens nationaux gravitent autour de ses valeurs. La candidate bénéficie, également, d’une forte communauté de soutiens internationaux, chose inédite, en France, lors d’une campagne présidentielle. Sur le graphique, une concentration imperméable aux oppositions, se distingue, formant une ceinture de protection.

Twitter patriosphère Marine Lepen

A l’inverse, l’écosystème d’Emmanuel Macron s’étend sur un spectre plus large et se divise en deux blocs de soutiens, cernés par des comptes opposants, essentiellement composés de militants France Insoumise et Frontistes. Les Fillonistes et les socialistes sont, quant à eux, très peu nombreux dans le camp des attaquants anti Macron.

En marche twitter

La cartographie de l’écosystème de JL Mélenchon réunit une importante sphère de soutiens confrontée à des blocs importants d’opposants dont deux se distinguent, les communautés nationalistes et les comptes En Marche.

Les insoumis

En ce qui concerne, l’écosystème de François Fillon, un vrai clivage s’opère autour de sa personnalité. Deux amas très concentrés s’opposent très nettement, les “Pro Fillon” et les “Anti Fillon”. Dans le camp des “Anti Fillon”, trois blocs se distinguent, Hugo Clément, chroniqueur de l’émission de Yann Barthès « Quotidien » sur la chaine TMC, Jean-Jacques Bourdin, journaliste à RMC et un compte “Moon Moon @vrailunelune” très actif sur Twitter durant la campagne. Ce dernier semble avoir été créé par un détracteur anonyme, rattaché au mouvement de Philippe Poutou, dans le but d’opérer une action éphémère mais violente à l’encontre du candidat Fillon.

bad buz - candidat clivant

Cette inforgafie de Nukesuite dépeint avec précision le spectre de soutiens et des opposants de chaque candidat rendant impossible la mise en place d’une communication de conquête sur ce réseau.

Ainsi ont peut comprendre en quoi les conséquences du numérique ont eu un impact direct sur la campagne présidentielle de 2017.

Facebook chiffres clées