L’immédiateté du numérique bouleverse les pratiques de communication de la campagne de 2017

Les “ fake news ” s’imposent dans la campagne et bouleversent les stratégies des candidats

Durant la campagne américaine, de nombreux articles ont accusé Facebook d’avoir encouragé la victoire de Donald Trump, en raison de la libre circulation massive de nombreuses Fake News, émanant de son compte.

fausse infos

Comme le dénonce HG, directeur de communication à la Mairie de CB :

« Des analyses ont été faites sur la communication de Trump, la suspicion autour de Facebook qui aurait favorisé un candidat plutôt qu’un autre ».

Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook a, quant à lui, démenti toute forme de favoritisme de sa plateforme dans cette élection :

« De tout le contenu sur Facebook, plus de 99 % de ce que les gens voient est authentique. Seule une très petite quantité, de ces contenus, est faux et diffusent de fausses nouvelles. Les canulars qui existent ne sont pas limités à une vision partisane, ou même de la politique.Dans l’ensemble, il est très peu probable que ces canulars aient changé le résultat de cette élection dans un sens ou dans l’autre ».

Pourtant, l’utilisation récurrente des fake news a pris une importance inédite durant la présidentielle de 2017. Aujourd’hui, force est de constater, que les fakes sont devenus les nouvelles armes des détracteurs en politique. L’immédiateté du numérique a permis, ce, pour la première fois dans l’histoire des élections françaises, une propagation intensive de fake news.

fausses informationsLa plupart provenait de communautés extérieures à la France, notamment russes, qui se sont immiscées dans la campagne en faveur de Marine Le Pen. En effet, l’étude de Reputation Squad ainsi qu’un schéma graphique de Visibrain démontre l’influence de médias internationaux tels que « Russian Today » (RT TV) et « Sputnik » sur la présidentielle française. Cet événement inédit a permis à ces médias de s’inviter sur les réseaux pour favoriser la candidate du FN et inonder les plateformes de Fake News. Ainsi que le décrypte Tristan Mendès France : « Ce sont des médias d’état qui ont une vocation de propagande, qui ont été condamnés, par le Parlement Européen dénonçant, de la façon la plus claire, les fausses informations, le confusionnisme et la propagande émise par la Russie ».

stop intoxNotamment, sur le graphique de Visibrain, on peut observer l’impact de ces médias numériques issus de l’étranger et le déploiement d’un réseau communautaire très compact. Pour R. Pigenel, il y avait également des militants, issus de l’extrême droite américaine, venus soutenir Marine Le Pen.

De plus, pour Tristan Mendès France, on note un nombre important de détracteurs appartenant à ce que les journalistes nomment « la patriosphère ». Ces communautés web ont massivement utilisé les moyens de communication numérique pour discréditer leurs opposants politiques. En diffusant de fausses informations, ces groupuscules visent à créer de la confusion dans les esprits :

« Le FN utilise les réseaux sociaux pour promouvoir des “mèmes” toxiques, d’attaque contre ses opposants politiques. On se rappelle les #AliJuppé et #FaridFillon matraqués sur les réseaux sociaux de la patriosphère ».

On peut affirmer que l’utilisation du numérique a participé à la propagation intensive de cette nouvelle pratique des fake news. Ces informations souvent erronées et contradictoires ont bouleversé les stratégies web des candidats favoris. En réaction, sont apparues de nouvelles rubriques « Stop Intox », en cours de campagne, sur les sites de “EnMarche.fr”, “LaFranceInsoumise.fr” et “Fillon2017.fr”. En réaction, Marine Le Pen a crée une page spéciale sur son site officiel “Les Vérités” dans laquelle, elle dénonce les mensonges propagés, d’après elle, par les médias traditionnels.

Comme le constate R. Pigenel :

« C’était peut-être ça la véritable innovation de la campagne, les fake news et les rumeurs virales ».

relais des fake news

L’importance et le pouvoir de nuisance des Fake News, lors de cette campagne, est l’un des facteurs d’un bouleversement stratégique numérique des candidats, en raison de leur rapidité de propagation. Elles ont, souvent, réussi à semer la confusion et le doute chez les électeurs et même dans les médias qui les ont parfois relayées avant de les démentir.

Cette stratégie de la rumeur n’est certes pas nouvelle et comme le disait Talleyrand « La politique ce n’est qu’une certaine façon d’agiter le peuple avant de s’en servir. » ainsi les Fake News participent à une stratégie ancienne qui utilisent des outils modernes.

Par conséquent, l’un des enjeux de la campagne présidentielle de 2022 sera sans conteste d’anticiper et réagir face à la confusion engendrée par la propagation de fake news qui n’en sont, sans doute, qu’au début de leur pouvoir de nuisance.

De nouvelles pratiques de communication

Telegram comme plateforme de mobilisation

En effet “Telegram” est une plateforme cryptée dans laquelle seuls les membres « invités » peuvent avoir accès aux échanges, via un chat, destinés à la communauté. Nous nous retrouvons dans une sorte d’Agora dans laquelle existe une certaine interaction. Ce réseau interne est directement administré et surveillé par les équipes de campagne.

plateforme digital

Telegram” s’avère être un espace de mobilisation numérique efficace. D’après Florence Provendier, députée suppléante, responsable de campagne En Marche, “Telegram” est un outil indispensable à la gestion d’une campagne :

« C’est un outil d’informations de mobilisation et d’échanges. Puisqu’on partage aussi ce que l’on trouve ». “Telegram” est aussi un outil de veille sur l’actualité de campagne. Il permet aux responsables de réagir immédiatement face aux détracteurs et opposants politiques. Ce dispositif numérique offre une grande efficacité lors de la diffusion de messages destinés au maintien de leurs principaux sympathisants.

 

Discord comme plateforme de gestion militante

Discord” est une plateforme numérique ouverte et non cryptée dédiée à l’échange et aux partages d’informations. Organisée par serveurs, il est possible de rejoindre une session sur un thème particulier.

insoumis-discord

Tout comme “Telegram”, cette plateforme se révèle très efficace pour coordonner des opérations de communication militantes. Elle permet aux utilisateurs d’échanger via un chat, mais aussi directement par vidéos et audio. L’émergence de cette plateforme a surtout fait parler d’elle au sujet de la concentration de communautés autogérées de sympathisants de la France Insoumise, sur le serveur “discord.insoumis.online”.

les insoumis

Leur expansion lors de cette campagne, laisse présumer que ces outils vont être le principal vecteur de mobilisation de communautés numériques dans les campagnes présidentielles à venir. L’expérimentation de ces nouvelles pratiques, en évolution permanente, laisse entrevoir qu’elles feront partie intégrante des stratégies des campagnes futures.

 

La transformation de la mobilisation numérique en mobilisation physique locale

Afin de créer une meilleure mobilisation militante, les candidats proposent de nouvelles rubriques « Comité local » sur leurs sites respectifs. En particulier, les mouvements « En Marche » et « La France Insoumise » vont être les premiers à saisir l’opportunité de cette nouvelle fonctionnalité qui offre un nouveau souffle et une réelle mobilisation locale.

site En marche

Les retours positifs pour le candidat Macron se traduisent par un regroupement de 3 000 comités et plus de 60 000 évènements organisés, avant début mai et plus 2 700 comités pour les Insoumis. La réussite de cette coordination des adhérents, à travers une plateforme unique, a transformé une mobilisation numérique en une mobilisation physique.

En marche

Ces mouvements ont privilégié le local en répartissant les forces militantes. Le paradoxe de ces nouvelles stratégies est d’obtenir une décentralisation physique par le biais d’une centralisation numérique. Comme en témoigne Romain Pigenel, cette décentralisation nécessite un organisation centrale et de la rigueur afin de gérer des centaines de comités locaux et les rassembler autour de valeurs communes : « …à un moment il faut une organisation centrale, sinon ça ne marche pas ! ».

A ces plateformes, vient s’ajouter l’utilisation des hashtags locaux, sur les réseaux sociaux, « #Lille, #Paris, #Marseille… » qui précisent les lieux de rassemblements physiques.

Marine lepen Twitter

Ces nouvelles pratiques de mobilisation, issues de plateformes numériques, qui avaient déjà émergé en 2012, sont devenues incontournables, lors de cette campagne de 2017. Cette normalisation de ces pratiques s’est avérée représenter une étape obligée pour chaque candidat.

Les mieux rodés, les plus réactifs parfois les plus clivants, ont été les plus visibles et ont ainsi créé le plus de mobilisation lors cette campagne.

Il va être intéressant d’observer comment la diffusion des meetings et l’exploitation du Live vidéo ont, également, pris une importance considérable dans cette campagne, au rythme de cette bataille à la mobilisation et la dictature de l’immédiateté.

Live numérique

L’exploitation de la vidéo en direct favorise la proximité avec l’utilisateur

Durant cette campagne, les candidats ont dû s’adapter au phénomène de l’immédiateté dans la consommation d’informations et à “l’interactivité citoyenne”. Afin de répondre à ces nouvelles sollicitations, des candidats tels que Asselineau, Mélenchon ou Macron ont utilisé massivement le numérique en tant que plateforme de médiation directe avec leurs sympathisants. En complément des plateformes numériques, ils ont exploité le “Live” comme moyen de créer du lien direct avec les sympathisants. Facebook, Twitter, YouTube et Snapchat ont donné l’accessibilité à de nombreuses vidéos en Live.

la vidéo au coeur de la campagne

Comme le précise la spécialiste de la communication politique Claire Bouchareissas, le live est utilisé comme : « une manière de créer un lien, suivre la personne … permettre de multiplier les partages ».

Ainsi, elle confirme que l’utilisation du “Live” dans les stratégies de campagne des candidats a complètement bouleversé les pratiques de communication des équipes de campagnes.

Depuis l’émergence des meetings relayés sur les chaînes d’information en continu comme BFMTV , le live devient le nouveau moyen de créer une proximité quasi intime avec l’utilisateur en entrant dans leur sphère privée :

« Aujourd’hui chaque candidat communique avec les personnes et chaque personne se sent autorisée à communiquer directement… Ma parole a autant de poids que celle d’un président de la République. Ça change, absolument tout, en termes de communication » ajoute Claire Bouchareissas.

Ces pratiques de communication favorise l’interaction et permet aux candidats de mettre en place une communication de maintien. Des opérations de communication ont été mises en place telles que les FAQ d’Asselineau, des immersions 360° dans les meetings des candidats (meeting Lyon de Macron).

Toutefois, JL Mélenchon s’est distingué en exploitant le “Live” de manière totalement inédite en communication politique. En effet, le candidat a su exploiter ces nouvelles technologies en diffusant simultanément son“Live” dans huit villes différentes, en apparaissant sous la forme d’un hologramme. Le candidat de la France Insoumise a réalisé un véritable tour de force technologique et s’est singularisé en devenant le pionnier dans la diffusion de ce genre de live de ses meetings officiels.

hologram mélenchon

Enfin, pour Claire Bouchareissas, le live vidéo est devenu un levier incontournable permettant aux candidats de créer leurs propres médias et de contourner les médias traditionnels :

« je crois vraiment à la force de la vidéo, du direct … C’est parlant, ça évite de faire des discours, ça se partage facilement… ça permet de contourner les médias traditionnels ».

L’utilisation de la vidéo en direct s’est développée activement durant cette campagne et l’on peut présumer qu’elle devienne le moyen le plus efficace pour créer des communautés numériques engagées.

L’exploitation de cette nouvelle pratique sera, sans conteste, un enjeu de poids dans la communication des prochains candidats à la présidentielle, en 2022.

Live Youtube